Un séminaire sur les télécommunications et les territoires a été lancé lan dernier à luniversité Paul-Valéry [3]. Il avait semblé utile de demander alors une implication directe de la direction de lIDATE, cet institut de recherche sur la communication dont les « Journées Internationales » sont depuis une vingtaine dannées un carrefour mondial pour les responsables économiques et industriels du secteur de la communication.
Il a semblé utile délargir le thème du nouveau séminaire et de linscrire dans une perspective multidisciplinaire, doù le nouveau titre retenu. Ce séminaire de IIIe cycle sinscrit dans lévolution annoncée des études doctorales. Il est destiné aux étudiants et tout principalement aux doctorants, quelle que soit la spécialisation quils auront choisie, afin dêtre mieux informés sur ce domaine dont lintérêt va croissant et auquel chacun est confronté.
La convergence des technologies de linformation et de la
Communication, domaine du Multimédia et de l'Internet, est
annoncée depuis plus de quinze ans (rapport Nora-Minc par
exemple. Elle est associé aux « concepts »
de société de linformation,
déconomie globale et de cyberespace. Ces notions sont
encapsulées dans une vision assez similaire du futur de nos
sociétés, tirée par la technologie (vision
développée dans le rapport Théry), une vision
plus sociologique (paradigme à la Mac Luhan), et une vision
économiciste avec une certaine dimension spatiale (cyberespace
et mondialisation).
Ce séminaire pluridisciplinaire na pas pour vocation
daborder la communication comme une science en soi. Il est au
contraire conçu comme un carrefour entre différentes
disciplines (géographie, sciences de l'information et de la
communication, urbanisme, aménagement, sociologie, histoire,
économie, sciences politiques, économie, AES,
disciplines littéraires, etc.). Il aura le souci de rester
ouvert à tous les courants de la recherche et veillera
à faire intervenir régulièrement des chercheurs
étrangers, européen notamment.
Ce Séminaire abordera notamment les problématiques suivantes:
La problématique des mutations spatiales. Le développement des réseaux de la communication électronique et des capacités de traitement de linformation nest pas sans conséquences sur lorganisation de lespace et le jeu des acteurs à lère du « géocyberespace ». Lobjet porte sur les dynamiques, les mutations et les recompositions en cours. Le changement est permanent, léquilibre est une notion dynamique, la transition est un processus continu. De nouvelles constructions et différenciation spatiales et territoriales émergent à différents niveaux (du local au global). On partira du principe que le mouvement est impulsé par des acteurs qui adoptent des stratégies (innovations sociales, techniques et culturelles). Les acteurs exercent des actions, sarticulent en réseaux et subissent des interactions. Lespace géographique dans ses différentes échelles est au bout de ce processus, du géoespace au cyberespace. Depuis les années soixante/soixante-dix, l'idée que les sociétés développées entrent dans une période de transition commence à prendre de l'importance dans les débats scientifiques, notamment aux Etats-Unis (Porat, Toffler, MIT Cambridge Mass., Stanford Californie). La communication, présentée comme un vecteur majeur de la «révolution postindustrielle» intéresse des sociologues, des linguistes, des psychosociologues, des philosophes, des politologues... Au centre de ces questions: l'espace public, l'espace social, l'espace culturel, l'espace domestique, l'espace mental et psychologique... Les géographes ont un peu de mal à suivre, comme si la question de la communication à distance venait brouiller les modèles d'analyse. L'impact de cette communication à distance sur les processus cognitifs relatifs aux questions des distances et espaces posait des problèmes difficiles à résoudre d'un point de vue à la fois théorique et méthodologique.
La problématique du changement économique, qui place la question des réseaux de léchange devant celle de lorganisation de la production. Cest un changement de perspective qui montre le chemin parcouru en quelques décennies: diffusion dordinateurs des grandes entreprises et administrations, jusque dans les PME et domiciles particulier; formidable accélération provoquée par le déploiement des systèmes télématiques et de l'Internet. Il sera utile daborder la question de lhistoire de la diffusion des techniques dans la société. Aujourdhui, laccès aux réseaux, la rapidité et la pertinence des réactions deviennent des avantages déterminants dans le cadre de la compétition économique et de la recherche davantages concurrentiels. On nignorera donc pas la problématique de la croissance économique, dune croissance nécessairement endogène, cest à dire sensible aux politiques qui savent sappuyer, au delà des facteurs classiques de capital et de travail, sur un concept de technologie élargi qui sache tenir compte de laccès aux ressources immatérielles.
Les problématiques du changement et du pouvoir économiques et politiques. Les changements en cours impliquent déjà une évolution radicale dans la façon de poser et de pratiquer le pouvoir dans un monde qui bascule - peut-être plus vite que prévu - dans « la réalité virtuelle ». Les politiques publiques, nationales et européennes. Lessor et lusage croissant des Technologies de lInformation et de la Communication impliquent des enjeux de sociétés, des enjeux territoriaux, et sollicitent donc très directement les politiques et les responsables publics. Ces politiques publiques montrent actuellement leurs limites, poussées quelles sont à se retrancher sur le pré carré de la réglementation, stratégie provisoire, renvoyant à la nécessaire redéfinition de la notion de puissance publique (que devient léchelle nationale à lheure où les réalités locales peuvent retrouver dautres acteurs locaux ou globaux grâce aux réseaux de la communication électronique?). Déréglementation et adaptation juridique: il conviendra de ne pas ignorer certains aspects relevant de linstrumentation réglementaire et juridique des politiques nationales et européennes dans lordre du multimédia. On note à quel point, malgré un arsenal déjà conséquent de textes à sa disposition, les législateurs et le régulateur européen se trouvent aujourdhui à la croisée des chemins dans le choix même dun style de régulation, face à la complexité croissante des problèmes que pose lémergence du Multimédia. Les stratégies industrielles, sont le lieu où sélaborent (avec la lisibilité limitée que connaît naturellement lacteur - entreprise, fut-il Bertelsman, Canal+, Microsoft ou AT&T), des politiques dinnovation, de conquête de marchés, dalliances. Ces politiques peuvent à tout moment infléchir plus ou moins nettement le cours de lhistoire de nos sociétés, tant il est vrai que ces groupes ont acquis une puissance normative indéniable.
La problématique du changement social et du positionnement des divers acteurs sociaux face à la nouvelle donne communicationnelle. La problématique du changement social et du positionnement des divers acteurs sociaux face à la nouvelle donne communicationnelle.
La problématique des incidences sur la culture et léducation: création littéraire et artistique à lheure du multimédia; usages des technologies nouvelles dans les différents champs du savoir.
Ces problématiques commencent à changer la donne en profondeur. Elles ne seront pas sans implications épistémologiques pour lensemble des disciplines concernées.
Il est donc intéressant den débattre et dinstruire les thématiques correspondantes à partir dun débat avec des conférenciers venus dhorizons variés (dune part des universitaires ayant des formations différente et, dautre part, des acteurs économiques ou sociaux engagés dans laction) et à partir aussi, de la dimension contingente du déploiement du Multimédia.
12 janvier 1999 - Conférence de Jacques Arlandis (IDATE)
La première conférence de ce cycle vise à engager le débat sur l'approche pluridisciplinaire nécessaire aux recherches sur la Société de l'information. Depuis quelques années le thème de la Société de l'information est devenu un thème d'intérêt politique, économique et social. Internet a donné un coup de fouet à une évolution qui nous touche tous comme professionnel, citoyen, ou consommateur.Comprendre le présent nécessite parfois de se projeter et de visiter les scénarios possibles et crédibles du futur.C'est à cet exercice de prospective auquel s'attaquera la conférence donnée par Jacques Arlandis, économiste et sociologue, directeur scientifique de l'IDATE (Institut des Télécommunications et de l'Audiovisuel en Europe), expert auprès des Nations Unies et de la Commission Européenne.
Il abordera son sujet avec deux problématiques en tête:
Lanalyse du problème de la convergence des technologies numériques dun point de vue interne au système de la communication, posant le problème des logiques économiques qui en sous tendent le développement.
La mise en perspective de limpact social du Multimédia et de l'Internet. La question dune quelconque actualité du mythe prométhéen est posée. Le doute est la méthode permettant de préciser les lignes de fuite dune société dinformation où finalement les enjeux culturels ont rattrapé les enjeux économiques apparemment dominants.
[1] Professeur, Université Paul-Valéry - Montpellier III. Président de la commission « Réseaux » de lUGI (Union Géographie Internationale). Directeur de la Revue NETCOM Networks and Communication Studies. E-Mail: bakis@bred.univ-montp3.fr< WEB : NETCOM URL: http://alor.univ-montp3.fr/netcom_labs/ ; DEA URL: http://serinf1.univ-montp3.fr/OE.EST
[2] Directeur scientifique de l'IDATE , (Institut des Télécommunications et de l'Audiovisuel en Europe)., Expert auprès des Nations Unies et de la Commission Européenne. E-Mail: j.arlandis@idate.fr
[3] La séance publique du 21 janvier 1998 organisée par H. Bakis, a été loccasion de conférences dont les thématiques étaient centrées sur le territoire et sur les profondes évolutions en cours dans le secteur des télécommunications: interventions de Yves Gassot et dAlain Veyret, respectivement Directeur de l'IDATE et chef de département à l'IDATE; de Annie Cheneau Locquay (CNRS UMR REGARDS) et Loïc Grasland (Univ. Avignon).