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Une histoire européenne de l'europe

une histoire européenne de l'EuropePréface

Cette Histoire n'est ni celle d'un continent, ni celle d'un concept, ni celle d'une communauté en construction.

Elle n'est pas l'histoire d'un continent ou d'une fraction de l'espace ; elle refuse donc à la géographie le soin initial de délimiter son objet trop mouvant et de faire ainsi de quelques traits de la nature la matrice d'une identité culturelle. L'absence du classique " tableau géographique " liminaire traduit la volonté des auteurs d'échapper aux séductions d'un dangereux déterminisme. Un tel tableau arrivera plus tard ; à l'heure que lui fixe l'Histoire ; lorsque les peuples se seront installés et comme rassemblés sur un espace qu'ils feront leur.

Cette Histoire n'est pas celle d'un concept, d'une idée ; une telle " chronique des prises de conscience successives d'une unité de culture " a déjà été faite ; et bien faite. Il serait vain de vouloir rivaliser avec les Vingt-huit siècles d'Europe de Denis de Rougemont, comme avec L'Idée européenne dans l'histoire de Jean-Baptiste Duroselle.

Cette Histoire n'est pas, non plus, la récente chronique d'une communauté en construction, de ses institutions, de son élargissement, de ses réalisations successives depuis la création de la Communauté du charbon et de l'acier jusqu'à l'adoption d'une monnaie commune. Elle néglige l'actualité de l'après-1989, et préfère considérer plus longuement le passé lointain que notre siècle et celui qui l'a précédé.

Cette Histoire, pour reprendre les expressions de Julien Benda dans L'Esprit européen, est celle d'un " être historique ", d'une " réalité indivise " ; l'histoire d'une vaste communauté de civilisation qui tire son nom du continent dans lequel elle fut approximativement inscrite non par la quête d'un espace identitaire mais par la force d'un destin hostile. Elle est l'histoire des hommes qui ont participé à la même aventure, connu les mêmes conditions, partagé les mêmes situations, vécu les mêmes événements ; aventure, conditions, situations, événements qui constituent leur passé commun, unique objet de cette Histoire.

Cette Histoire est donc celle de l'Europe singulière - de l'Europe au singulier d'une part, de l'Europe dans sa singularité d'autre part. Europe au singulier et non pas, comme cela a été le cas jusqu'à présent, au pluriel. Jusqu'ici, en effet, les historiens de l'Europe ont été sensibles à sa diversité, aux différences et aux antagonismes qui la déchiraient, aux grandes fractures qui la parcouraient. Le parti qui a été pris ici est de réagir contre cette vision, non parce qu'elle serait fausse - elle n'est que trop vraie ! - mais parce que, fille de la tradition historiographie nationaliste qui fut celle des Européens d'hier, elle est abusivement et pessimistement réductrice ; parce qu'elle est toujours dominante, comme le prouvent les plus récents ouvrages consacrés à l'histoire de l'Europe : Europe, a History, de Norman Davies, par exemple. On y voit défiler, pays après pays, de prolixes notices nationales qui succèdent à d'heureuses mais rapides synthèses, de telle sorte que celles-ci sont constamment noyées sous celles-là.

Dégager le tronc commun des mémoires européennes, l'élaguer des mémoires nationales - en fait étatiques - qui lui font ombrage tant leurs branches ont poussé dru, tel est l'objet que poursuit cette Histoire européenne de l'Europe ; telle est la raison qui a guidé le choix de son titre insistant. Il ne s'agit pas, répétons-le, de décréter l'amnésie des mémoires nationales, de nier leur intérêt ou, tel Big Brother, de les faire disparaître dans quelque " trou de mémoire " comme certains ont fait, jadis et naguère, des mémoires provinciales ou locales. Il s'agit aujourd'hui d'ajouter une mémoire. Car le temps est venu de dire aux Européens pourquoi ils sont européens. Ils le sont certes pour des raisons géographiques - ils sont nés, ils vivent entre Oural et Atlantique - ou politiques - ils sont citoyens d'un État membre de l'Union européenne. Raisons existentielles ; raisons révocables. Ils le sont aussi, essentiellement - mais le savent-ils ? - par décret de l'Histoire.

Charles-Olivier CARBONELL


Sommaire

Préface : p.7

Première partie : L'Europe a-t-elle une histoire ?

  • L'euroscepticisme historiographique : p.11
  • Les croisés de l'historiographie européenne : p.16
  • Quelques points de méthode : p.25

Deuxième partie : origines

I. Entre mythe et histoire : p.31

  • Le mythe étymologique grec : p.33
  • Les mythes généalogiques médiévaux : p.38
  • Le mythe scientifique du peuple originel : p.43

Il. Racines : p.51

  • Athènes : p.55
  • Rome : p.59
  • Jérusalem : p.62

III. Enracinement : p.65

  • De l'empire romain aux royaumes arabes : p.66
  • La fin des grandes migrations et l'enracinement spatial : p.72
  • Enracinement, déracinement : p.79

IV. L'espace européen : p.89

  • L'ouverture maritime : p.90
  • Densité diversité, complémentarité : p.97
  • La ville et le système spatial européen : p.100

Troisième partie : fondements ; l'Europe de la chrétienté

I. La christianisation de l'Europe : p.113

  • L'espace européen préchrétien : diversité et homogénéité : p.115
  • Les étapes de la christianisation de l'Europe : p.117
  • Christianisation et fondation d'une identité européenne : p.130

Il. Une civilisation chrétienne : p.141

  • Le chrétien et l'autre : p.142
  • Une armature ecclésiastique : p.155
  • Une vie chrétienne : p.161
  • Des valeurs et une pensée, entre legs antique et christianisme : p.177

III. Empire en Orient et en Occident : p.183

  • Les trois sources de l'organisation politique de l'Europe médiévale : p.186
  • Survie et mutations du modèle impérial romano-chrétien : p.189
  • L'échec politique de l'universalité romano-chrétienne : p.214

IV. Permanences et dynamiques des sociétés médiévales européennes : p.227

  • Les populations de l'Europe, entre évolution naturelle et dynamique culturelle : p.234
  • Assises terriennes de l'économie et aristocratisation des sociétés : p.234
  • La ville, principal moteur de l'évolution des sociétés médiévales : p.240

Index : p.249

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